01 juin 2008
Faire vibrer l'initiale
Lorsque le téléphone a vibré, monsieur S était en train de se prélasser, nu, dans sa douche. Chacune des gouttes d'eau le long de son corps était comme une micro caresse. Il repensait à la demoiselle en suivant de ses doigts le tracé de ces gouttes, sans se douter qu'à quelques mètres de là, c'était elle qui avait fait frémir son mobile.
Ignorant, donc, cette promiscuité virtuelle de leurs pensées, elle qui lui écrit, et lui qui pense à elle, monsieur S finit de s'abandonner au plaisir de l'eau tiède, de ses yeux clos et de ses doigts sur ses flancs et sur sa nuque, imaginant déjà les siens, à leur place. Voudrait-elle jouer ?
Quelques minutes plus tard, encore humide et fébrile, monsieur S lut d'un air distrait son message, comprenant sa source. Surpris, agréablement, par cette prise en main inattendue. Ainsi elle ne voulait pas de rencontre vocale avant une nouvelle rencontre physique. Et cette adresse, sans autre explication, sans hésitation... Voulait elle le suprendre ?
C'était sans compter la profession de monsieur S... Il pianota un numéro sur son clavier
"Fred ? C'est moi... Dis, tu peux me rendre un service ? Un numéro en 06 22 c'est bien un client de chez nous, non ? Tu peux me donner les coordonnées du compte ? Alors c'est le..."
Cinq minutes plus tard, monsieur S avait le nom et l'adresse de la demoiselle. Lea, donc. Difficile de lui donner un surnom, pour l'instant, songea t'il en s'habillant. Chemise blanche, veste bleu roi, pantalon en jean, sobre mais décontracté, élégant mais pas coincé. Une main passée dans ses cheveux chatains et mi-longs humides en guise de coiffure, désordre et désinvolture calculée.
***
Il est dix neuf heures quand monsieur S frappe à la porte de Lea... Il se refuse à sonner. Trop commun. En gourmet psychologique, il se délecte de son regard lorsqu'elle ouvre la porte... surprise...
"Je vous remercie de votre rendez-vous... mais j'ai toujours préféré les suprises et les imprévus aux petites scènes trop préparées... pas vous ?"
Ses cheveux sont encore humides et son sourire terriblement agaçant. Sans attendre la réponse qu'elle semble chercher, il fait deux pas vers elle, pose une main ferme sur sa taille et se penche doucement vers elle, la frolant d'une meche et d'une goutte, pour murmurer à son oreille
"Pas vous ? ..."
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de la détermination féminine.
"Monsieur S."
Léa faisait tourner la petite carte de visite entre ses doigts, et lisait distraitement cette mystérieuse abréviation à chacun de ses passages sous ses yeux.
Cet homme était à la fois intrigant et horripilant.
Peut-être faisait-il le coup régulièrement après tout. Non, elle ne se laisserait pas faire.
Mais sa curiosité maladive et, avouons-le, le voile de désir qu'il avait fait monter en elle durant ces quelques minutes et qui ne la quittait plus depuis cet instant, l'empêchaient d'en rester là.
Elle ne se laisserait pas faire, c'est elle qui le rendrait fou.
C'est ainsi qu'elle s'abandonna à l'élaboration de divers stratagèmes ayant tous pour but de montrer à ce jeune homme qui jouerait avec l'autre.
L’appeler pour lui donner rendez-vous? Non, ce serait lui laisser la possibilité de rétorquer.
Un message: “rendez-vous 16, rue A. Passyon, samedi, 21h”
Cette idée lui plaisait bien, elle pourrait facilement le voir arriver, et ne serait pas celle qui attendrais un rendez-vous, l’air un peu niais.
C’est cette nouvelle idée encrée dans la tête qu’elle commença à imaginer la suite.
La façon dont elle s’habillerait, pour être séduisante sans être trop sexy, la façon dont elle le charmerait pour lui dire “je te veux mais c’est moi qui décide”, la manière dont ils s’approcheraient l’un de l’autre pour la 1ère fois...
Perdues dans ses pensées, et au fil de son imagination, sa main s’était délicatement perdue en dessous de son nombril, et ne demandait que plus de détails pour descendre un peu plus.
Mais tous ceci est ce qu’il se serait peut-être passé, sans la suite inattendue des évenements...
29 mai 2008
Langueur de printemps
Cette chaleur est intenable.
Une douche serait un don divin, l'appel de la mousson sur la chair engourdie par ce printemps qui ressemble à un été. Foutu réchauffement climatique. Oui, une douche serait une bonne idée pour se rafraichir et redevenir sain. Mais il faudrait se lever.
Impassible, immobile, monsieur S repense à cette étrange entrevue ce matin. Un air de Katerine dans les oreilles, il avait d'abord vu son cou, probablement parce que c'est ce qu'il avait voulu voir. Puis elle s'était retournée, pour regarder d'un air absent le plan de circulation des autobus. Et sans le voir, il avait deviné son sourire. Mais il fallait s'en assurer...
"Mademoiselle ?"
"..."
"Mademoiselle ?!!"
"Euh... moi ?"
Deux yeux profonds et ronds. De la surprise. Un peu de peu, peut être. Beaucoup de curiosité. Et un soupçon d'indiscible...
"Oui, vous. Pardonnez mon impudence, mais je suis face à un problème très grave qui ne saurais souffrir de refus ou de délai. J'ai absolument besoin de vous voir sourire, là, tout de suite... vite ! C'est une question de vie ou de mort !"
La demoiselle resta bouche bée quelques secondes... puis éclata d'un rire franc. Monsieur S se fendit quant à lui d'un sourire carnassier.
"J'en étais sûr. Merci, mademoiselle."
"Sûr de quoi ?"
"Sûr que votre sourire était trop joli pour ne pas être partagé..."
Dans les yeux de la demoiselle, un regard entendu, de celle à qui on a déjà fait le coup. Mais un peu de rose sur ses joues. Mais monsieur S prit tout à coup un air sérieux...
"... et qu'en vous voyant sourire, j'aurais immédiatement envie de vous."
Ses yeux qui s'écarquillent, sa bouche béante sous le choc. Ne pas la laisser répondre. Ne pas lui laisser le temps de réagir. Monsieur S sortit une petite carte de visite de sa poche (en relief, un peu rétro mais terriblement classe), y griffona à l'encre bleu-noir avant de la glisser sans pudeur dans le chemisier de la demoiselle. Ne pas la laisser réagir.
Monsieur S fit demi-tour et repris son pas rapide vers ses appartements.
"Bonne journée mademoiselle. A bientôt j'espère."
La démarche droite, ne pas se retourner...
Léa.
Alors que vous vous interrogez peut-être toujours sur l'identité de Monsieur S., elle, s'est installée sur son petit balcon. Il ne fait pas moins chaud dehors que dans son modeste deux pièces, mais de temps en temps, elle peut profiter de la brise qui se glisse délicatement entre les boutons de son chemisier blanc.
Assise en tailleur dans la semi-obscurité, la cigarette à la main, elle repense à sa journée, et à son bel inconnu.
"Non, il n'est pas si beau?", "Enfin, il a du charme.", "Enfin, c'est
le printemps...", "Je n'ai pas révé, c'était une invitation?", "j'ai
envie de lui".
C'est sur cette dernière constatation qu'elle quitte ses interrogations, un peu gênée, et continue à savourer le délice du vent carressant sa peau.
Mais je ne vous ai pas présentés.
Chaque protagoniste a un nom.
Le sien est Léa.
28 mai 2008
Monsieur S
Chaque commencement a une histoire.
Notre histoire commence un soir de printemps, alors que l'air est lourd et que la Lune est basse. Les températures, elles, remontent, tout comme les jupes des filles et les envies des garçons. Les peaux deviennent moites et les soupirs, insoutenables. Il y a un vent frais, comme une invitation au voyage.
Chaque histoire a un protagoniste.
La notre en a deux, mais les présentations se feront en séquence, pour ne pas brouiller les pistes et les esprits. Commençons par lui, donc, puisqu'il faut un début. Il ne remarque pas encore votre regard, qui l'observe. Allongé mollement sur un canapé en skai, les trois boutons supérieurs de sa chemise sont ouverts sur son torse imberbe et couvert d'une fine couche de sueur. Puisqu'il faut lui donner un nom, appelons le "S".
Chaque protagoniste a un nom.
"S", donc. Peut être y lirez vous un indice sur son identité. Est-ce un sensible Stephane ? Un suave Samuel ? un simple Sylvain ? Ou simplement l'initiale de son scribouillard d'auteur ? Peut être creuserez vous plus loin, et commencerez-vous à lui attribuer les épithètes que j'ai déjà cité, ou d'autres, S comme sensuel, comme serpent, comme sexe aussi. Peut être aussi que ce S n'est là que pour souligner les courbes des corps voués à se méler. Peut être n'est-ce qu'un hazard.
Chaque nom a un sens.
Mais dans l'oeil du lecteur parfois se trouvent les véritables clefs des trésors que même leurs auteurs ignorent. Car si chaque nom a un sens, chaque sens peut être double. Double, comme deux protagonistes destinés à une danse intime et intimiste. Mais déjà l'heure est venue de passer la plume.
Chaque message a une fin. Et chaque fin appelle une suite...
Clair de peau et fleur de Lune
Off est une jeune fille curieuse et passionnée. Son attrait pour les nouvelles expériences et les nouveaux défis guident sa vie plus qu'elle même et l'écriture l'aide à s'en souvenir.
Paul le baron est un pervers qui s'assume et qui peut enfin vivre de sa plume. Entre quelques larmes nocturnes et autres chasses au nombril, il fait partie de ces gens futiles et un peu fous qui oscillent entre rêver leur vie et vivre leurs rêves. Le secret est dans le mélange.
Clair de peau à fleur de Lune est un petit espace à quatre mains, fruit de l'union de ces deux styles peu conventionnels et différents. Les auteurs espèrent que vous apprécierez de les suivre dans leurs écarts et autres ébats virtuels et que les entrelacs de leurs plumes sauront vous séduire.
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